Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Ce que ma mère ne me dira jamais

J’avais prévu de t’écrire un truc sur ces choses que l’on ne dit pas à nos proches restés en France pour ne pas les inquiéter, ça devait s’appeler « Ce que ma mère ne saura jamais », des histoires de ténia géant qu’on expulse sur un bord de route au Mexique ; de conduite sans permis durant 3 ans ; de couple au bord du divorce qui font bonne figure le dimanche sur skype pour l'appel hebdomadaire ; de jeune fille qui dit vivre dans un coquet appartement alors qu’elle dort en réalité dans un garage aménagé faute de caution ; de virées à vélo au bord de précipices glissants qui s’apparentent à des dialogues avec le vide ;  de services d’urgence dans des coins perdus, où les malades décèdent à même le sol ; de prises de bec violentes avec des chauffeurs de taxis ivres à Dakar ; de corruption de fonctionnaires de police pour quelques grammes de shit, bref, la vie quand on est loin de chez soi, et que personne ne peut venir vérifier la vérité vraie. Des trucs qui, dit comme ça, à 10 000 km de distance, quand on ne peut rien y faire, paraissent beaucoup plus compliqués qu’ils ne le sont en réalité, alors qu’on décide de raconter, mais après, et en plus light.

 

(Ces exemples ne sont pas les miens, mais ceux d’amis dont j’ai sollicité les témoignages. Moi j’ai juste eu un gros cafard qui m’est entré dans l’oreille pendant mon sommeil dans la jungle et qui y est resté quelque 50 heures, bien niché au fond du tympan – mais mort, hein, je l’avais tué direct d’un coup d’ongle en essayant de le sortir - avant qu’un ORL l’extrait sous anesthésie générale. Et en effet, je n’en ai parlé à ma mère que quand c’était fait).

 

Je voulais te raconter tout ça et en fait, je me suis rendue compte d’un truc dingue : toi, tu es à 10 000 kilomètres d’eux, mais guess what ? Eux aussi.

 


 

Eux aussi, tes parents, ils vivent leurs trucs qu’ils ne veulent pas te raconter parce que tu es loin, parce qu’un billet d’avion coûte cher (1200 euros actuellement le Cali/Paris), et qu’ils ne voudraient pas que tu te pointes sur un coup de tête parce qu’ils ont un petit coup de mou. Quand tu vis loin comme moi et que tu n’as plus 18 ans, tes parents sont forcément un tout petit peu vieux. Ou vieillissants. Bon disons, qu’ils sont plus proches des 70 ans que des 30, me fais-je comprendre ? Qu’au fond, tu leur manques comme c’est pas permis. Qu’eux aussi, ils aimeraient te voir plus que tous les 2 ans. Que ça leur broie le cœur de ne pas voir grandir leurs petits enfants. Que lorsqu’ils sont hospitalisés, tu ne leur rendras pas visite – attends, je vais changer la musique parce que là j’écoute Léo Ferré avec un moucheron dans l’œil et j’ai plus de kleenex.

 

Je me demande ce que mes parents ne me disent pas.  Ce que je découvrirai, plus tard, quand ce sera fini. Quand ce sera trop tard peut être ? Je sais que je suis chiante avec mes atermoiements sur l’expatriation. « Merde, la nana elle a qu’à rentrer chez elle et arrêter de nous emmerder depuis 3 ans, d’un coup de TER elle y sera chez ses parents bordel ! ».

 

 

Tu as raison.

 

 

N’empêche, si tu entends parler de progrès scientifique en matière de téléportation, je veux bien être candidate. J’ai le mal des transports, mais je m’endors en 10 secondes, alors promis, je parlerai pas. 



28/07/2017
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