Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Una caleña en Paris, avec des culs de crémières, des cours de cuisine, un chef étoilé et des copines atomiques

La semaine dernière nous avons fait notre deuxième atelier cuisine chez Biscuit. Le premier avait été mené par Sebastian, quand j’étais en voyage en France.

Oui, je suis venue en France. Quelle joie. C’était tellement bon de marcher seule dans les rues, ces beaux trottoirs impeccables, ces poubelles tous les 50 mètres, pas une mauvaise herbe qui traine, rien, pas de terrain vague en pleine ville, le bitume sans un trou de poule, dingue (comment vous faites ?). Tellement bon de respirer la mie fraiche des baguettes tièdes, le comté 18 mois d’affinage, le chocolat au nougat, tellement fou toute cette charcuterie en vente libre avec personne pour te dire que c’est sursaturé de je ne sais quoi, ce champagne quasi donné dans le moindre G20, ces saucissons secs juste comme il faut, ces mille-feuilles moelleux, tous ces petits cafés et restos qui donnent envie, ces orgasmes olfactifs, émotionnels et visuels toute la journée, à toute heure, devant tout le monde, incognito… Tu ne regardes peut être plus la France, après tout tu l’as sous le nez en bigoudis toute l’année, mais moi qui débarquait après 14 mois d’absence, je te le dis : ta vieille France est encore très belle.

J’ai pleuré aux Galeries Lafayette. Cette coupole… Ces vendeuses plus sexy que des hôtesses de l’air de Singapore Airlines. TOUS CES SACS ! Ces odeurs, ces rouges à lèvres, ces vernis, ces bottes, ces blouses, ces parfums, ces pulls à cols roulés, ces bougies parfumées qui coutent un salaire minimum, ces collants opaques, ces Japonais… J’ai tout pris en photo comme une touriste, tout m’émerveillait. J’ai failli me faire virer d’une boulangerie, parce que je mitraillais les baguettes, les croissants, les petits œufs de Pâques et les fesses de la cremière… A un moment j’ai levé le nez et vu que tout le monde me regardait bizarrement. J’ai rigolé bêtement et  rangé mon téléphone. Ce choc spatio-temporel dont je te parlais ici, j’y étais. Ça m’a fait un peu drôle de me dire que je m’étais déshabituée en si peu de temps, mais bon. (Ah oui, j’ai même photographié des banquettes de métro et l’Arc de triomphe,  t’imagines les dégâts en si peu de temps finalement?)

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Cela dit, au bout de deux jours, j’étais déjà nettement moins Loup Ravi. J’ai surtout été choquée par tes fringues. Je veux bien reconnaitre qu’ici en Colombie, c’est le festival Pantone toute l’année et que Desigual ferait figure de marque neurasthénique (poke Mathias D.) tellement les vêtements sont colorés, mais enfin s’il te plait ! T’es obligé de t’habiller en noir et en bleu marine 24h/24? T’as raté Saint Cyr ou quoi ? Dans le métro, outre que les gens marchent en regardant leurs pieds, tout le monde est en noir, le museau engoncé dans sa parka, fermé comme une huitre. Je comprends pourquoi vous avez besoin d’Adopte un mec de vous remonter le moral… Faut ouvrir ses chakras, mettre des petits shorts fluo, des ceintures dorées, des T shirts avec des palmiers et des perroquets, faut mouler tous ces petits culs, décolleter ta poitrine, libérer tes cheveux, porter des jeans citron cloutés-déchirés-décolorés, faut dire « Oui » à la vie quoi ! Enfin… J’ai trouvé que tu faisais beaucoup la gueule.

Je crois que je vais devoir changer le nom de ce blog.

La pseudo ex-parisienne qui trouve que les gens font la gueule et s’habillent trop en noir...

Sans déconner.

File moi donc le 06 de Caroline de Maigret qu’on se fasse un vrai shoot de chianterie-mocherie-branchouillerie parisienne et qu’on remette les compteurs du cool prout à niveau...

Bref.

Je déteste Caroline de Maigret. C’est mon coté terroir picard.

 

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(Cours de cuisine a Biscuit. La Blanquette : couper les champignons)

 

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(Cours de cuisine a Biscuit : apprendre à tourner les crêpes.  Après un an et demi, j'ai encore parfois du mal. Ne regarde plus jamais pareil les mecs de Montmartre qui font ça en 2 secondes, je te jure que c'est dur. Ou alors, je ne suis pas douée: c'est une option...)

 

A part manger, boire, faire les boutiques, j’ai surtout vu mes copines. Mon dieu. C’était tellement bien, tellement simple, tellement fort, on a parlé de tout, tout de suite, comme si je n’étais jamais partie, cheveux, mecs, FN, fromages AOC, baby sitters, sécu, poils, fessées, bouffe, mojitos, Marie Drucker, boulot, tout – il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens pas parce que tout le monde a eu l’extrême gentillesse de me fournir largement en champagne et j’ai comme des absences... Je les ai retrouvées exactement comme on s’était quittées, en un peu mieux même, sans doute parce que toute cette distance a augmenté la cote de nos amitiés. Bref, on a tout repris exactement là où on l’avait laissé.

En plus, j’ai été hyper gâtée. J., B. et M. m’ont même fait le merveilleux cadeau de m’inviter chez  David Toutain (*), un jeune chef qui monte… Vu son resto, à la déco mi-scandinave mi-japonisante, sa clientèle (ce jour-là, Bruno Le Maire et Alexandre Bompard, notamment), sa toute récente premiere étoile, la beauté et l’humour de ses plats, je pense qu’il n’a pas fini de grimper. En plus, comme M. le connait bien, David (oui, on s’appelle par nos prénoms avec David…) m’a même fait visiter sa cuisine apres le service. J’ai été stupéfaite de voir qu’un tel chef fait de telles merveilles dans une si petite cuisine. Evidemment, tout est pensé au millimètre, conçu dans les moindres détails, tout est effectif, utile, performant, parfait. J’ai bien aimé aussi, malgré tout, le coté presqu’artisanal de certaines choses, comme le mini barbecue pour fumer les asperges et son rapport organique aux ingrédients. On dit que les chefs sont des têtes de cochons, je ne connais pas assez bien David, mais il m’a eu l’air absolument charmant, disponible et généreux. Il a même eu l’élégance de s’intéresser à Biscuit et de s’adresser à moi comme á une collègue et j’ai trouvé ça d’une suprême classe : un peu comme si Yves Saint Laurent avait demandé à ta grand-mère Gisèle comment elle reprisait ses chaussettes… Ce déjeuner était une expérience globale, succulente et stimulante. Non que j’imagine faire un jour la même chose, évidemment, mais c’est toujours un bonheur de voir des pros raconter leur métier avec amour et les êtres passionnés sont toujours inspirants.

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(Chez David Toutain)

 

Enfin, tout ça pour te dire qu’on a refait un cours de cuisine á Biscuit, le deuxième pour Sebastian et le premier pour moi. Gros succès. On a fait une quiche, une blanquette et une crêpe au caramel salé, en quatre heures, avec quatre élèves. Ici, Herta et Marie ne sont pas encore arrivés, donc il n’y a pas de pâte toutes faites. Faire la pâte brisée, c’est pas que c’est compliqué, mais franchement, je trouve ça chiant. Et ça me coupe dans mes envies.  Parfois, je voudrais faire une tarte tatin aux tomates ou des tartelettes, mais l’idée de faire la pâte me donne la flemme – hum, c’est pas David Toutain qui dirait un truc pareil... Je sais, c’est mal. Donc, Sebastian, qui lui est très bon dans le pétrissage – grrr… - s’en charge. Il s’est découvert des talents de pédagogue, et fait très bien le prof de quiche je dois dire (Ah, bon sang, mais c’est bien sur… Tout s’explique !).

Les élèves ont donc fait une quiche jambon champignons. Je me suis chargée de la blanquette, que l’on a faite au porc, car le veau ne plait pas beaucoup ici. On en trouve, même si c’est moins facile qu’en France, mais on m’a toujours dit que les Colombiens n’en étaient pas fans. Le coté petit animal innocent retiré à sa moman les choque un peu, la saveur ne leur plait pas plus que ça, et globalement, ce n’est pas une viande très entrée dans les mœurs. Je fais donc ma blanquette en utilisant du filet mignon de porc, qui se comporte étonnamment très bien, et, après presque trois heures de cuisson, s’avère d’un moelleux réjouissant.

Ensuite, nous avons déjeuné avec les élèves, ravis, qui ont commencé à parler du prochain cours. On va donc devoir rempiler et c’est une excellente nouvelle, parce que les cours font  connaitre le resto et animent les samedis matins calmes. A terme, nous allons essayer de faire des sessions avec des chefs invités, des cuisiniers d’autres restos. David, si tu es dans le coin d’ailleurs, ma cuisine est ta cuisine.

Voilà lapin andin, je voulais te parler de milliers d’autres choses, notamment de l’épidémie de chikungunya qui sévit en ce moment et touche des gens de plus en plus proches (trois personnes avec qui nous étions dimanche sont clouées au lit aujourd’hui, ça te met complètement KO pour au moins 10 jours, avec douleurs articulaires, fièvre et éruption cutanée - déja 25 morts en Colombie...) mais je dois aller m’acheter de l’anti-moustique. Ma mere me dit aussi que les moustiques détestent le concombre, je vais donc faire un masque a Sebastian illico. Si on attrape le chikununya tous les deux en meme temps, on doit fermer le resto.  Mais promis, la prochaine fois je te raconte ca, en espérant pouvoir rester purement théorique. Besos de Cali (c’est pas contagieux, je peux donc t’embrasser anyway).

(*) 29 rue Surcouf, 75007

A lire : Chefs, les recettes de la série de France 2, qu'il a conçues.

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Chez David Toutain

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Non, ce n'est pas une poule qui a trouvé un couteau. C'est David Toutain qui m'explique son dessert et comme tu le vois, c'est tout a fait fascinant.



28/04/2015
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