Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Une gringa à Calima

Pour des raisons variées, cet été, nous ne sommes finalement pas partis « ailleurs », on ira plus tard si dios quiere, et nous sommes restés à Cali. Vivre en Colombie, c’est quoi qu’il en soit évoluer dans un été permanent, enfin, à Cali du moins – parce que Bogota, c’est de la pure schizophrénie climatique, pluie, froid, soleil, chaud, matin en bottes, foulard et blouson et déjeuner en tongs et robe à bretelles, coup de soleil et nez qui coule. Du coup, être en vacances ici, c’est un peu comme tout le reste de l’année, les grasses matinées en plus.

 

Autant Cali n’est pas une destination absolument 100% indispensable pour les voyageurs de passage – ne hurlez pas, amis caleños, j’adore votre ville, mais je pense au gars qui a 2 semaines de congés et fait péter le voyage en Colombie, mieux vaut aller à Bogota, Carthagène, Medellin, San Andres, Pereira, non ? – autant il est particulièrement agréable d’y vivre. Parce que la côte Pacifique est à moins de 3 heures, parce que la nature est partout, parce qu’il y a des randos sublimes tout autour, parce que les gens sont tranquilles. Et parce que Calima.

 

Calima, c’est un lac artificiel et un barrage créés en 1966, plus de 13 km de long, 581 millions de M3 de flotte adorée par les véliplanchistes et les kitsurfeurs. Un type un peu plus inspiré, cultivé ou allumé que les autres a eu un jour l’idée de qualifier le lieu de « Petite Suisse d’Amérique latine ». Comment te dire… C’est bien tenté. Il aurait dû faire carrière chez Publicis. Mais Calima et son village principal, el Darien, ressemblent autant à la Suisse qu’un escarpin Louboutin à une birkenstock en fin d’été. Et heureusement.

 

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Au boucher

 

 

El Darien me fait sentir vivante, me met le cœur en ébullition, je retrouve à chaque fois là-bas l’émotion de la première fois en Colombie, quand le moindre nuage me semblait extraordinaire, quand j’aimais les trous de la chaussée, les borrachos, les mouches à merde, quand aller mettre de l’essence à la pompe était une aventure, quand je passais chaque seconde à me dire « Mon dieu, je suis en Colombie !», quand tout était neuf, exotique, fascinant, différent, stimulant. Au Darien, je retrouve ma virginité voyageuse. Tout me plaît. Les jolies petites mamies à tête de petite pomme ratatinée – c’est un compliment. Les vieux habillés comme des cow boys, hautes bottes, machette à la ceinture, cheval en attente à la porte, poncho rayé, une dent sur deux. Les petites bombasses de 16 ans, à califourchon sur leur mobylette, sans casque évidemment – personne ne porte de casque au Darien – les cheveux qui caressent leur trasteo divino – allez, je te remets l’article sur les culs, on m’en parle au moins une fois par mois, c’est mon best seller, hum, va savoir pourquoi… - en jeans et crop top, qui passent sans regarder personne, impériales. Les bébés tout ronds, tout dorés, des petites brioches à la cannelle, qui restent sagement allongés à poil dans leur transat sur le bord des trottoirs pendant que des chiens du quartier leur respirent la couche et leur lèchent les joues. Les pompiers volontaires qui passent des heures devant leur camion rutilant, à parler de trucs qu’on ne saura jamais. L’Église, élément fondateur de la place du village, qui domine tout et tout le monde, géante face au parc et aux vendeurs de papas rellenas. Le glacier, incongrument joli et bon avec sa façade en tranche napolitaine fluo. J’aime tout à Calima. J’ai l’impression que rien de mal ne pourra jamais nous y arriver. C’est comme une poche un peu irréelle, dans la vie, mais en même temps un tout petit peu à côté, là où il ferait toujours soleil.

 

On y vient le week end, on pêche, on fait du vélo, des barbecues, on se baigne, on dort, on boit, on écoute les vieux vinyles de mon beau-père, on râle contre les moustiques transgenres qui laissent en piquant des furoncles de la taille d’une prune, on lutte contre les chauves-souris qui font la java toutes les nuits dans la toiture en essayant de se convaincre qu’elles ne peuvent évidemment pas entrer dans la maison – même si on voit leurs petites crottes le matin… - on se douche quand on y pense et c’est pas forcément tous les jours, on essaie de dresser Coco, le seul chien au monde qui n’a jamais appris à faire un seul truc de chien, on fait des feux dans la cheminée le soir parce que les nuits sont fraîches et c’est délicieux.  

 

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Dans les années 80-90, beaucoup de mafieux avaient ici, à moins de 2 heures de Cali, leur maison de campagne. C’est pour cela que l’on trouve encore de splendides villas, des trucs de fous avec piscine (basique), jacuzzi (classique), piste d’atterrissage (pas si classique), mini-boîte de nuit (…), lacs (sympa), kiosques (nécessaire), garage à jet ski (hihihi…), mini zoo (syndrome Pablo Escobar), maisons d’invités (chic), etc… Il y a deux ans, des amis ont loué pour le week end une jolie villa de ce genre dans le coin, et le mari, tout jeune papa réveillé à 5 heures du matin, a eu la surprise de voir, en regardant à moitié endormi le jardin par la fenêtre, une armée de flics, genre GIGN colombien, traverser sur la pointe des pieds sa pelouse dans le petit matin, fusils d’assaut, casques et gilets pare-balles, sans doute pour faire une descente dans la villa d’à côté #soNarcos… Si le Darien accueille encore des mafieux, on ne les voit pas trop, même si certaines voitures introuvables et hors de prix ne sont clairement pas à leur place, et même si certaines créatures ultra opérées et à la sexytude hurlante cadrent mal avec les lieux. Surtout, on s’en fout et chacun reste dans son trip. En Colombie, globalement, on ne dévisage pas trop son voisin, surtout s’il a une drôle de tête.

 

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 Dieu te voit. Toujours. 

 

À Calima, si on me demande, je corrige mollement que je suis française et pas américaine, mais c’est difficile de le faire vraiment comprendre aux gens, car pour eux, nous autres les étrangers venons finalement tous du même grand pays : Gringoland. La France, c’est au mieux un concept, au pire, une Tour Eiffel sur un T shirt. Souvent, les gens me demandent : « et c’est dur d’apprendre le français, tu as fait comment ? », question hautement déconcertante qu’on me pose une fois par semaine... J’essaie d’expliquer que je suis née comme ça – ahahaha ! – mais certains peinent à comprendre un tel miracle. Leur monde, c’est el Darien, Buga éventuellement, la grosse ville voisine à une heure de là, là on on achète les tissus, là où on passe son permis de conduire – depuis janvier il est devenu compliqué de l’acheter comme avant, tout fout le camp… - là où l’on va prier pour des miracles, y punto.

Mais, comme la majorité des Colombiens, les villageois sont adorables et gentiment curieux. Si je prends quelqu’un en photo, les gens rigolent et les copains rappliquent pour y être aussi, comme sur les photos qui suivent. Le Monsieur de la photo m’a donné une mandarine, la dame de la robe de danseuse a voulu me donner une glace – mais je venais d’en manger une. Ils sont tellement heureux qu’on aime leur pays qu’ils ont toujours envie de t’adopter.

 

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 La dame me voit et je me dis : "Va-t-elle râler?" Ces deux petites poules de campo sont bien mignonnes. 

 

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Non elle prend la fameuse pause colombienne, rendue célèbre par Paris Hilton, et ses copains rappliquent.

 

 

Ici, je me sens à la fois hyper étrangère et tout à fait à ma place - sentiment enivrant. Je finis toujours par parler avec quelqu’un. Comme cette fois chez le marchand de fromage.

 

Une ferme sur les hauteurs du Darien collines sur-vertes, nuages parfaits, vaches, cabanons, près… - et un panneau qui indique : Se vende queso. Le fromage me manque terriblement. Après 4 ans et demi, j’ai jeté l’éponge sur le champagne et scoop, on peut parfaitement survivre sans, mais le fromage, je continue de le chercher dans les moindres recoins, toujours pleine d’espoir et toujours déçue. Mais bon, faut tenter. Donc je monte dans cette ferme, où dans un bric à brac surprenant, un monsieur a installé un point de vente moyennement propre, une balance, une petite table et des fromages dans des seaux en plastique. Déception, encore, il s’agit de banale cuajada, un truc que je ne te ferais pas l’offense de t’expliquer plus que ça mon petit Livarot puant, mais qui n’a aucun intérêt pour toi même si, blasphème suprême, j’ai fini par apprécier d’en manger – à la guerre comme à la guerre. Bref j’en prends une livre et un autre acheteur visiblement venu « de la ville » me prend d’abord pour une suédoise et me demande finalement comment j’ai appris le français - ma blague préférée.

 

Blablabla…

 

Et lui que fait-il là ? Ce week end là était LE week end de fête du Darien, je te donne pas plus de détails-là parce que je m’aperçois que je me suis encore grave étendue et tu as sans doute un RER à prendre, mais le village était blindé de jeunes venus des environs. Lui vient de Cali, et son truc tient-il à préciser immédiatement, ce n’est ni boire ni fumer, c’est écouter de la musique très fort.

 

Ah.

 

Mais alors, vraiment très très fort tu vois. Si je veux, il me montre son engin.

 

Mais évidemment que je veux, j’ai la tête de quelqu’un qui va pas vouloir ??!!

 

On descend jusqu’à sa voiture, garée à côté de la notre.

 

En sort une jeune femme au short joliment rempli. Un troisième pote reste au volant. Le gars fait signe d’ouvrir le coffre, sort une énorme barre métallique, je demande pourquoi, il me dit que c’est pour tenir le coffre ouvert.

 

Le coffre s’ouvre sur un magasin de tuning complet, rempli de lumières, le Palace en pleine vallée du Darien, je m’apprête à voir débarquer Cathy Guetta, le soir est justement en train de tomber, les lumières du ciel sont sublimes, ultra raccord avec celle de la bagnole, roses et vertes, on n’entend pas un bruit, même les vaches sont sur pause, les nuages ont arrêté de voler, c’est extrêmement photogénique, une scène de Nicolas Winding Refn. Tout ce calme…

 

Le gars nous dit de nous éloigner. On recule de 5 mètres, étonnés et vaguement inquiets. Je marche dans une bouse sans m’en rendre compte. Je serre mon fils contre moi. Et là, au milieu de nulle part, vraiment, le son gicle.

 

Putain.

 

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La photo ne rend pas du tout, les lumières étaient vraiment splendides en vrai, et je ne sais pas comment télécharger la vidéo... Tu vas devoir imaginer. 

 

 

Une explosion de décibels. Incongruité totale. Moi qui ai horreur du bruit, je sens que ça tape dans mon estomac, boum boum. Je comprends aussi mieux pourquoi la petite copine a fait cette moue quand je lui ai demandé 2 minutes avant si c’était chouette la musique si fort : si mon mec était champion de tuning – il fait des compétitions nationales et le but, donc, c’est de faire crier sa voiture le plus fort possible à côté de gars qui font exactement pareil – je serais déjà suicidée depuis longtemps. Ou lui. Enfin, un des deux ne serait plus là pour en parler quoi.

Bon, pourquoi je te raconte tout ça ? Pas pour les 6 batteries, les 60 millions de pesos d’investissement – plus ou moins 18 000 euros, un sacré paquet – le mois de travail pour pimper la bagnole, les kilos de matériel, pas non plus parce que j’envisage de piger pour GTI Tuning magazine. Mais parce que cette rencontre champêtre avec un tuner caleño bientôt sourd m’a rendue heureuse. Vraiment heureuse.

 

Et aussi parce que nous retrouvons le bonheur de ce genre de rencontres. Du temps, de la curiosité, pas d’agenda, des chakras ouverts, la truffe au vent, nous reprenons une vie. Cela faisait des mois que nous n’allions plus à Calima. Je me demande si on ne devrait pas ouvrir un petit troquet là bas ? C’est vrai quoi, après tout ? T’en penses quoi ?

 

 

 

 

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Vendeur de chontaduro, c'est un fruit délicieux que d'aucuns ont, en leur temps, comparé à du savon croisé avec du papier mâché... Ah les Corses (hihi Pascal !) On aime ou on déteste, moi j'adore. Ah et tiens, tu vois je te mens pas, la dame de droite a un sweat Paris!

 

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Petite piqûre de quelque chose. J'ai eu bien pire, mais tu passes peut-être à table. 

 

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Campesino

 

 

 

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Si tu trouves ce que c'est, je veux dire, pas si tu es colombien ou expat, si tu es un vrai franchute et que tu trouves ce que c'est... Bravo! Indice : non, ce n'est pas une couille de Casimir, mais ca pique vraiment. 



28/08/2018
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