Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Un rétro-planning? Ahahaha! Mais tu m'as regardée? J - 10 #Biscuit.

J’avais commencé à t’écrire un truc qui parlait de la pluie d’ici, des pubs  Tahiti douche des années 80, du bonheur d’être arrosée par l’ondée quand il fait 36 degrés, quand tout à coup tu n’es plus seulement moite, mais carrément chaude et trempée, quand tu vois les plantes vertes frétiller sous les jets et que toi aussi, tu as l’impression d’être une jeune feuille de bananier, souple et luisante. Oui, j’avais commencé un truc passablement ruisselant, histoire de varier les plaisirs. Non, je ne crois pas que ça ait à voir avec le fait que je lise mollement 50 nuances de Grey, une page chaque 15 jours, sur les conseils de ma copine Meukeu, 5 ans après toi. Ca a plutôt a voir avec le désir de penser à autre chose qu’à la térébenthine, au goudron, à l’enduit et tout ce que je t’ai déjà raconté ici.

 

J’avais donc commencé cette ode à la pluie d’ici, qui n’a rien à voir avec la tienne, grincheuse, piquante, grasse, insidieuse, qui te met de la buée sur les lunettes, t'hystérise les frisottis, nique tes boots neuves et te fait greloter jusqu'au soir.

 

Finalement, j’ai changé mon fusil d’épaule.

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(La vue de la terrasse de Biscuit : "notre" coin, sur la 9A)

 

Parce que la pluie d’ici n’est pas seulement sympa. Surtout quand elle vire au torrent, s’engouffre dans la cheminée que tu viens de condamner, finit par faire ploc ploc ploc sur ton clavier d’ordinateur – oui, ça y est, je t’écris de Biscuit ! – et des auréoles dans ton plafond. Parler de dégâts des eaux serait un peu prétentieux, parce que ça y est, 24 heures après le problème est déjà réparé. Mais on a eu chaud. Lundi soir nous avons fait poser la fresque des toits de Paris qui décorera un des murs. L’eau était en train de suinter juste à côté. Sur un plafond que l’on venait de finir de refaire impec la veille. A J-10 de l’ouverture – on vise toujours le 11 septembre – on a vraiment autre chose à faire que recommencer ce qui vient d’être achevé, et de découvrir de nouveaux « chicharrones », des merdes, en d’autres termes, comme on dit ici.

 

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(German, notre sauveur, qui sait tout faire et qui fait tout. Là, réparation du trou causé par l'eau par l'ancienne cheminée)

 

Je vais donc te raconter des trucs beaucoup plus terre à terre, et on parlera galipettes tropicales plus tard si tu veux bien, dans un an je dirais, quand tout sera bien rodé et que j’irai au boulot comme on prend le métro, sans y penser, sans se souvenir que la ligne 13 automatique est une merveille, bref, quand je serai blasée et que je ne me réveillerai plus à 5 h 47 en me disant : « Putain, tu vas ouvrir un restaurant ! ». Cela dit, je ne suis pas sûre d’avoir vraiment envie de perdre cette délicieuse sensation de peur émerveillée, parce que la verdad es que ça fait bien longtemps que je n’avais pas été aussi heureuse d’être en vie et de pouvoir faire des choses.

 

 Briefing Biscuit 

 

Ce qui est fait :

 

-          Les travaux en eux-mêmes sont finis. Bon, sauf si un tremblement de terre nous oblige à tout recommencer bien sûr.

 

-          Les 24 chaises commandées sont là, prêtes à recevoir gros derrières et petits culs. Les quatre banquettes en moleskine rouges qui pète aussi. Les tables itou.

 

-          La fresque de Paris est posée. Quand je l’ai vue j’ai failli m’évanouir parce que ce n’était pas exactement ce que je voulais, et que je suis le genre de fille de la campagne qui s’évanouit facilement – nous sommes peu. Finalement, je me suis raisonnée, tout ne peut pas être parfait, et elle rend très bien je trouve.

 

-          Toute la papèterie, cartes de visite, stickers pour les gâteaux à emporter, menus, papier à en tête est suspendu à un fil, celui de notre ligne téléphonique, que nous n’avons toujours pas, pour une raison que je n’ai pas encore comprise. Ici, c’est pas France télécom si tu vois ce que je veux dire… Parce qu’ils ont beau nous gonfler les fonctionnaires français – oh, ça va, Maman, s’il te plaît, oui, ils nous gonflent aussi parfois ! – ils sont quand même parfaitement efficaces dans 95% des cas. Ici, c’est plus « aléatoire » dira-t-on pour être aimable. Pour avoir un numéro, il faut prouver que les gens d’avant avaient un numéro, je crois, et qu’ils ne l’ont pas avalé en partant. Me pose pas trop de questions. En tous cas ; sans numéro, on ne peut rien  imprimer, puisque c’est un peu, comme qui dirait, essentiel.

 

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 (Avec Jorge, recomptage de toute la vaisselle. Ici, 4 couteaux et pleins d'autres choses)

 

-          Nous avons récupéré ce matin toute la vaisselle. Avec Jorge, j’ai dû recompter toute la commande pour vérifier que tout était bien là (je te parlerai plus tard du caractère paranoïaque des Colombiens) : 40 grandes assiettes, 40 petites, 20 assiettes à café, 20 tasses à café, 50 verres à jus/bière, 20 verres à eau, 40 verres à shots (héhéhé), 10 assiettes creuses à salades, 15 petits pots de beurre, 40 couteaux, fourchettes, cuillères. Au moins. Plus ce que j’oublie.

 

-          J’ai mis au point quelques recettes qui font mal, notamment une que je dois à Caroline (à qui je dois aussi quelques lectrices, visiblement, merci!). Je t’en dirai plus plus tard, mais pour une fille qui vient de si loin, je suis contente.

 

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 (Photo faite à l'arrache lundi soir, juste pour que tu aies une pré-idée du style, je te montrerai tout quand ce sera bien fini et que j'embaucherai un photographe pro)

 

 Ce qui reste à faire :

 

-          Le four pro dont je t’ai déjà parlé a, ça se confirme, un énorme potentiel à emmerdements. Il refuse de se brancher sur le gaz naturel, dont notre cuisine pro est équipée. Ca fait quatre fois qu’un mec vient pour l’installer et rien. Soit le mec est nul, soit le four est retors. Je penche pour des torts partagés.

 

-          Sebastian, avec une ténacité, un courage et un brio que je me dois de saluer – ça, un gun sur ma tempe, ah non pas du tout pourquoi ? – s’emploie à nettoyer les sols, pendant que je papote avec toi comme si je n’avais rien d’autre de mieux à faire et qu''il nous restait 6 mois avant l'ouverture, franchement. C’est une sorte de céramique un peu brute, rouge, qui n’a pas été lavée depuis une éternité, qui est de surcroît pleine de tâches de peinture, alors c’est putain de galère. Il sue à grosses gouttes pendant que je suis là, au frais, à siroter un coca en attendant la coiffeuse et en lisant Grazzia (ah non, pardon, ça c’est plus possible). Je lui dois tout. Il a très bien récupéré le sol et ça va être magnifical.

 

-          Il faut finaliser le menu, fixer les prix, tâche très difficile car hautement stratégique : pas trop donné parce qu’on vise une clientèle un peu haut de gamme, pas trop coup de bambou parce que personne n’aime ça. Sachant qu’à Cali, on peut très bien manger dans la rue pour 6000 pesos. Ce midi, on a déjeuné sur le pouce à Biscuit, une viande, des haricots rouges, une salade, une soupe, pour  moins de 3 euros. Sachant aussi qu’il existe une énorme chaîne qui s’appelle Crepes and waffles, qui fait des crêpes, donc, et qu’on ne peut pas être plus chers qu’eux, même si on propose un produit très différent.

 

-          Installer une grande hotte sur les crêpières, parce que sinon, on va tous fondre.

 

-          J’ai fait un appel à recettes sur Facebook pour trouver LA composition du gâteau au chocolat, et je n’ai pas eu le temps de toutes les essayer. Mais j’ai été très touchée de voir comme mes amis ont cherché à m’aider : j’ai genre 15 recettes à tester, toutes garanties « tuerie », certains secrètes. Merci les chéries. Ce soir, je teste celle de Camila et Isabelle.

 

 

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 (Quand tu enlèves un élément du toit à la demande du proprio et que ça te re-nique tout le plafond)

 

Bon il reste encore pleins de choses, mais ma masseuse est arrivée, alors je vais te laisser – oui, j’arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiive, merde ! On se fixe le 11 septembre pour ouvrir, DANS UNE SEMAINE DUDE - j’essaierai de te tenir au courant le plus souvent possible. Je crois que c’est comme enlever les petites roues sur son premier tricycle, il va falloir se lancer sans être prêts en essayant de s’équilibrer rapidement avec tout ce qu’on trouvera. En même temps, les croûtes aux genoux, c’est plutôt mignon.

Et comme je t'aime bien et que j'en meurs d'envie, voici la devanture de Biscuit en avant première! Je peux pas résister... Bisous châtons.

 

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05/09/2014
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