Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Plutôt plus tard

Avis à toi, lecteur : sois bienveillant, ce post va être décousu et un peu ébouriffé, je l’ai écrit tout en achetant une hache, en tournant les premiers crêpes de Biscuit, en choisissant de la peinture, en faisant passer des entretiens à des employés, en cherchant des recettes, en téléphonant à ma mère, en clouant des cadres, en me faisant des mèches, en jouant à cache-cache avec le chien, en finissant le menu, en commandant l’enseigne lumineuse extérieure, et en parcourant Merci pour ce moment (gracias S. de m’avoir déniché le PDF !). Notamment. Il est donc possible qu’il soit plein de fotes et de répétitions, je veux dire, plus que d’habitude.

 

 

Bon. Tu te souviens de ce que je t'ai raconté la semaine dernière, rapport à défier le destin, aux catastrophes qui tombent jamais deux fois le même jour, à "fuck les superstitions, j'ai un chat noir, je pose le pain à l'envers sur la table et donc, j'ouvrirai le 11 septembre, même pas peur"?

 

Bah en fait, non.

 

On va faire autrement. Et ouvrir plus tard, plutôt. 

 

Ah, non non non, ça n'a strictement rien à voir avec le fait qu'éventuellement, notre four, après avoir été réparé, puis retrouvé mort, puis re-réparé, puis re-retrouvé mort, soit toujours incapable de nous cuire des petits gâteaux, des poulets rôtis, ou des membres désossés de réparateur de four incompétent. Noooooooooooooooooon, pas du tout. [Edit d’un peu plus tard : Finalement, on a fini par appeler la société où nous avions acheté le four, et il s’est avère que ce petit avait un problème STRUCTUREL que le gars nous a réparé en 30 minutes et pour rien du tout puisqu’il était sous garantie. Voilà. On s’aide pas beaucoup non plus, je te l’accorde et j’espère vraiment qu’il y a un dieu des pieds nickelés de l’improvisation d’ouverture de crêperie à Cali, sinon… Sinon, je pourrais toujours travailler à Home Center et vendre de la peinture avec ma copine Fayzulli tu me diras. Et un jour, on me retrouvera ligotée dans un entrepot, rasée, car Fuzuli m’aura volé tous mes cheveux. Bon.]. [Re-edit du lendemain, je n’arrive pas à finir ce post et à te l’envoyer alors entre temps les choses changent : le four ressuscité hier est de nouveau kaput. No comment. Le deuxième mec est revenu, là il mange une crêpe, mais j’ai confiance en lui].

 

Rien à voir non plus avec le fait que l'on n'arrive toujours pas à trouver l'éclairage le plus adéquat pour illuminer notre mur parisien de la meilleure manière, ni pour réussir à ce que les clients voient leurs crêpes dans leur assiette sans se choper une photokératoconjonctivite aigue (les gens d’ici adorent les éclairages blancs, voire les néons, et nous sommes deux ayatollahs de la lumière indirecte, il nous faut donc trouver un compromis).

 

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(Détails) 

 

 Rien à voir avec le fait que notre papeterie n’est pas finie même si ça y est, nous avons un numéro de téléphone et qu’a vrai dire, l’impression va être lancée dans quelques heures...

 

Rien à voir avec le fait que nous n’avons toujours pas la confirmation que l’on peut vendre de la nourriture et des boissons dans notre restaurant. Comment ? Oui, je sais. Ça pour le coup, c’est sans doute le plus ennuyeux. Il semblerait que la Chambre de commerce se soit trompée dans l’enregistrement des données de Biscuit et qu’ils ne retrouvent pas les références de « l’uso de suelo », l’équivalent de la Licence IV en France. Ce qui est, tu me l’accorderas, bien embêtant pour des gens qui s’apprêtent à ouvrir un restaurant. Comme les prédécesseurs étaient déjà dans le métier, le local a l’uso de suelo, c’est certain (et c’est aussi pour cela que nous ne sommes pas affolés plus tôt). Mais il faut le retrouver dans la grande machine administrative colombienne, qui ferait passer Kafka pour un type terriblement binaire. Mais comme pour tout le reste, on va trouver une solution.

 

Donc, nous n’avons pas ouvert hier, comme nous l’avions espéré. Mais rien de grave. Nous ne sommes plus à 5 jours près. Du coup, je ne m’avancerai pas à te donner une date, mais disons qu’on vise mercredi prochain, pour une ouverture discrète, et tant pis si CNN n’ouvre pas son JT avec Biscuit.

 

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(Vue de la premiere salle,  avec les livres achetes ici , tu te souviens? Et des Petit Journal de 1892)

 

D’ici là, nous allons respirer bien lentement avec les chakras du ventre, reprendre une alimentation normale, parce que depuis une semaine, on se nourrit de chips et de vin blanc (pour moi) et de chocolat et de whisky (pour Sebastián), ce qui a des effets sur notre transit, donc sur notre efficacité, donc sur notre humeur, et je t’assure que les terroristes du 11 septembre à coté de nous deux stressés comme des lapins myxomatosés, c’est des petits joueurs. Là par exemple, je viens de dire : « Faut pas pousser mémé dans les orties » : Je suis fébrile quoi. Les autres disent que je suis insupportable, je te laisse décider de qui a raison, mais le fait est que je change beaucoup d'avis : j'essaie de faire au mieux. 

  

Cela dit, le moral est excellent, et aucune perte humaine n'est encore à déplorer. Car il y a aussi de très bonnes nouvelles.

Des gens s’arrêtent tous les jours pour nous demander quand est-ce qu’on ouvre, des inconnus qui ne sont pas de la famille je veux dire, ni des figurants qu’on paie pour être sympas.

 Un architecte qui travaille dans l’immeuble nous a donné une idée géniale pour le toit de la première salle, tu verras. 

Nous avons ouvert une page Facebook pour Biscuit, qui a déjà miraculeusement plus de 700 J’aime au moment où je t’écris – c’est rien, je suis d’accord, mais j’y vois le signe d’une attente.   

Apres avoir hésité, nous nous sommes décidés à faire une rampe d’accès handicapés, et je suis contente, parce que c’est encore rare ici et nous y tenions. 

Surtout, tout commence à prendre vraiment forme et nous sommes satisfaits du résultat, qui nous correspond. Nous voulions créer un lieu qui serait un peu comme chez nous, et nous avons réussi. J’espère que ça plaira; les premiers échos sont bons. C'est quoi qu'il en soit trés différent de tout ce qui existe ici. Et je trouve extraordinaire que des choses que nous gardons depuis parfois 14 ans (c’est mon cote écureuil), des souvenirs, des images, des vieilles boites, des journaux du siècle dernier, achetés sans savoir pourquoi, à part parce que cela nous plaisait, trouvent ici leur place, exactement, à Cali, dans notre restaurant. C’est assez vertigineux.

 

Je te laisse avec quelques photos, ce n’est pas encore fini, mais on y est presque. Ce matin nous avons tourné nos premières crêpes au resto, et là je vais faire un caramel au beurre salé pour inaugurer la cuisine. Ca y est, j’ai hâte d’ouvrir.

 

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(Vierge de Guadaloupe offerte hier par la géniale Lucia. Merci!)

 

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 (Premières crepes tournées ce matin á Biscuit)

 

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(Tableau fait avec des sacs promotionnels de Canal + durant la champagne de 2002. Ici personne ne va connaitre les Guignols mais ca m'amuse)

 

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(Premieres courses de pro: J'ai toujours regardé avec étonnement ces gens qui sortent du supermarché avec 56 kilos de sucre, 45 Kgs d'huile et des patates pour un régiment. Bah maintenant, je fais pareil)

 

biscuitcrepes2.JPG

 

(German et son collegue ADOLFO - Adolfo, t'imagines, on voit qu'ils n'ont jamais entendu parler de Birkenau ici... -  en train de creuser la terrasse pour faire l'accès handicapés).

 

Allez, merci de ton soutien au fait, ça fait très plaisir. Et merci à Laetitia d'être passée, première française que je rencontre grâce au blog !

 

 



12/09/2014
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