Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Juste quelqu'un de bien. Ou pas.

 

En me baladant sur Instagram, que j’adore toujours autant, même si, à force de voir tellement de gens qui font des abdos quand la lune n’a pas encore embrassé le soleil ou qui retrouvent une ligne de pré-ado 2 mois après l’accouchement ou qui réussissent à faire des glaçages miroir parfaits, j’ai parfois des envies de meurtre – heureusement, Celeste Barber est là pour remettre un peu de normalité dans tout ça – en me baladant sur Instagram, donc, je suis tombé sur un profil de nana qui m’a attirée. Elle avait une tête rigolote et des jolies lunettes. Je suis allée voir.

Sa description d’elle-même était la suivante : « Wife. Mom. Nice person. »

« Nice person » ???

 

[C’est le hasard qui veut ça, mais je ne parlerai pas ici de Nice, parce que franchement, j’ai rien de rien de rien à en dire. Juste beaucoup de fatigue et trop de bourdonnements intérieurs.]

 

Non, « nice » est à prendre ici comme gentille. Une fille bien. Quelqu’un de bien.

Quelle absence d’ambition. Quel manque d’imagination ! Quel ennui. Quelle morne platitude. Je lis ça, et j’imagine un circuit de F1 abandonné avec un caddie oublié dans un virage et un vieux Nouvel Obs déchiré dedans. Kill me.

Comprends moi bien. Je ne suis pas pour promouvoir les gros cons qui te pissent à la raie, les porcs qui te font des doigts d’honneur en te marchant sur les pieds dans la queue du Leclerc de Clichy – et dieu sait qu’il y en a – les voleurs, les menteurs, les casseurs, les jamais à l’heure, bref, les emmerdeurs. Non, pas du tout. Je suis loin, très très loin d’être une rebelle et je ne l’ai jamais été. Je suis banalement conventionnelle dans les grandes lignes.

 

Mais cette idée de se définir comme une « nice person » me glace le sang.

 

Ah, c’est sûr qu’une « nice person » ça doit pas faire beaucoup chier.

 

Je ne dis pas qu’une nice person ne peut pas dans le même temps être ultra drôle, intelligente, passionnante, cultivée, douée. Peut-être/sans doute. J’espère. Cela dit, une « nice person » n’est peut-être pas toujours si nice non plus. Peut-être la nice person a-t-elle arraché des ailes de papillons dans son enfance, ou volé le mec de sa sœur, ou rabaissé ses enfants tous les jours, ou même, assassiné son papi Willy, qui sait ? Après tout, la nice person est un être humain. Alors pourquoi la nice person la ramène-t-elle ?

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(Un Monsieur au village du Darien, Calima)

 

Si je réagis si fort, c’est que la nice person a un double, la « Buena persona », concept ultra utilisé en Colombie. Tout le monde cherche ici à être une « buena persona », avec son jumeau « buena gente » et même, je crois, « gente de bien » - ce dernier étant un peu différent, car, je viens de demander, la « gente de bien » est plus quelqu’un qui travaille, ne vole pas, qui est socialement intégré mais qui peut aussi dans le même temps être odieux et péter au lit. Ouf.

 

Ici, on apprend aux enfants à ne pas faire chier, à ne pas faire de bruit à ne pas parler, à avoir peur de sortir du chemin. Pas de vague. Des armées de buena persona, serviables, soumises, travailleuses, aux yeux aussi vifs que des billes oubliées 20 ans dans une poche. Le néant déguisé en civilisation. L’angoisse. Les parents-éducateurs perdus se tournent vers des psys qui pratiquent la PNL pour faire rentrer tout le monde dans le moule. De bons petits soldats qui savent que BOUM ! on leur donnera une vilaine petite taloche sur la tête en cas de manifestation trop poussée d’individualité.

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(Place de l'église) 

 

Ceci a cependant une explication rationnelle. La mienne en tous cas, je me trompe peut-être, mais il a une certaine logique. Je ne sais plus si je t’ai déjà expliqué que les colombiens sont traumatisés par les années de guerre, les narcos, les bombes dans les rues, les mecs qui se baladent avec de flingues et te démontent la face si tu as le malheur de regarder leur nana, rentrer dans leur voiture, avoir une plus belle montre qu’eux, le malheur de les croiser à vrai dire. Cela laisse des traces. Durant ces années, il FALLAIT faire low profil, c’était une question de survie, presque. Je comprends bien sûr. L’émancipation, cela s’apprend. Parfois cela prend des siècles.

Face à ces petits clones parfaits et tellement BIEN, je rêve de français.

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(Un soldat anti-mines et son chien)

 

Des gens vivants, différents, râleurs, grande gueule, créatifs, brouillons, mal coiffés, voire pas coiffés du tout, des gens qui s’engueulent, de mauvaise foi, roublards… Bon, pas besoin de détailler, tu vois ce que je veux dire, sinon, prends un miroir.

Et puis, là je me relis avant de publier, et je me dis que je comprends pourquoi, peut-être, finalement, cette revendication d’être quelqu’un de bien. Peut-être y-a-t-il trop de violence, trop de bêtise, de mal, de douleur, de peur - d’autrui, de soi - trop de gens capables de lancer un camion sur une foule joyeuse un soir d’été ?

 

Tu vois je ne voulais vraiment pas arriver là, mais voilà. Ça m’a rattrapée. Peut-être le monde meurtri a-t-il besoin de Bisounours. Besoin de porter un panneau autour du cou qui dit : « No danger ». Qui sait ? Après tout, nulle part il n’est dit que la nice person ne réfléchit pas. Gardons espoir. Et soyons un peu mauvais quand même, c’est si bon. 

 

 

 

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(Bananes plantain)

 

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20/07/2016
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