Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

Bah alors, tu viens plus aux soirées? Las amigas.

-          Toc, toc, toc…

-          …

-          Toc, toc, toc…

-          Ah tiens, kestufoula !? Ca fait plaisir de te voir, putain je t’avais complètement oubliée, je vais pas te mentir. Mais viens, rentre, puisque t’es là, reste pas comme une patate dans la rue comme ça, Florence !

-          Merci, c’est sympa. Hum, sinon, moi, c’est Laurence.

-          Ha oui oui voilà c’est ça , bon, c’est presque pareil, hein ? Fais pas gaffe c’est le bordel,

mais tu te doutes que je n’attendais plus vraiment ta visite. J’suis même pas douché, hein, tu m’en veux pas.

-          Nan, nan.

-          Assieds toi. Poker ? Club ? J’ai que ça [les 2 principales bières colombiennes]

-          Poker, dans un verre por favor.

-         Ah, tu y crois toi, à ces histoires de mecs morts pour avoir bu directement à la canette le rebord imbibé de pipi de souris schizophrène ?

-         Ecoute, dans le doute, c’est un peu comme avec Dieu, je choisis toujours l’option la moins dangereuse. Et surtout, j’aime pas le contact du métal sur mes dents et ma langue.

-          Ah ouaiiiiiis ! J’avais oublié comme t’étais chiante, c’est vrai ! Balai dans le cul tout ça !

-          Je suis pas chiante, je veux un verre c’est tout. Si tu as ça.

-          Mais oui ma poulette j’ai ça, j’ai tout moi, Huggy les bons tuyaux à côté de moi il tient une tienda au Venezuela, tu sais bien !

-          ...

-          Bon alors, qu’est-ce qui t’amène ! Ca alors, je pensais jamais te revoir, surtout après la dernière fois, hein, tes digressions sur le cul tout ça, sans compter ton pétage de durite sur lesclients qui te gonflent, si t’es pas contente tu peux changer de métier ma biche, mais on ne critique pas la main qui te nourrit tu sais, c’est très mal vu.

-          Ecoute, je suis venue parce que j’avais personne d’autre à qui parler.

-          Oh putain ! Oh putain ! Merde. Je suis désolé, hein, sincèrement.

-          Oui.

-          Qu’est-ce qui t’es arrivé ??

-          Bah j’ai toutes mes copines qui sont parties.

-          Ah oui, c’est la vie d’expat´ ça ma petite, c’est la première fois que ça t’arrive ? Bah tu verras, ça sera pas la dernière. Tu t’attaches à des gens, pis ils se cassent, là où le vent les mène, voilà. T’en rencontres d’autres. Qui se cassent. C’est le cycle de la vie. Pis toi tu restes là. Ou tu te casses aussi, hein, ça dépend.

-          De quoi, ça  dépend de quoi ?

-          De ce que Dios quiere, de tes impôts, tes pensions alimentaires, des casseroles que tu te traines, des rencontres, de si t’as attrapé une chaude pisse, si t’en peux plus des frijoles, j’en sais rien moi tu m’en poses des questions ! La vie, quoi !

-          Pppfff…

-          Putain, tu vas pas pleurer là hein !! Tu vas pas pleurer sur mon canapé, il est pas

waterproof et il est même pas à moi, déconne pas ! Un peu de dignité enfin ! Reprends toi !

-          Gsgshiueudkefkfrkfjirjgrtkgtg !!!!

-          Je comprends rien de ce que tu gargouilles !

-       J’avais mis deux ans à me faire des copines, je commencais à avoir des déjeuners entre filles, des soirées même, des filles à qui me confier, des filles qui me comprenaient, des filles qui dansaient sur les Rita Mitsouko, qui pogotaient mollement en rigolant, des filles qui portaient des tongs et pas des talons de 24 centimètres, des filles qui avaient même pas de brushing, des nanas qui m’intéressaient, avec qui on pouvait, si on voulait, parler de cul, de littérature, de cuisine, de fringues, de mecs, d’épisiotomie, de champagne, de psy, des filles qui connaissaient H&M et Vincent Delerm, des filles qui avaient porté des sous pulls en acrylique dans les années 80 mais qui n’étaient pas en plastique, des filles qui mangeait du fromage qui pue, des filles avec qui j’étais chez moi, quoi.

-          Bah oui, je sais bien… Essuie ton mascara là, je supporte pas les nanas moches…

-          C’est dur. Je suis pas une fille qui aime rencontrer des nouvelles personnes à vrai dire, pas tant que ca, plus tant que ca. J’aime quand on a dépassé ce stade des apparences et qu’on peut se montrer comme on est, vraiment.

-          Ah oui, et ici, c’est pas si évident. Je te comprends, moi le fameux « Hola ! Que tal ? Que mas ? Que has hecho ? Que cuentas ? Como sigues ? » qui accompagne toutes les rencontres/retrouvailles, ca me gonfle.

 

chiva.jpg

(Ici, quand quelqu'un s'en va, il fait une soirée de despedida, d'adieux. Les photos sont extraites de la soirée de despedida de S. et A., qui avaient loué pour l'occasion une chiva rumbera, soit une boîte ambulante. C'est une sorte de camion ouvert, musique à fond, mais à fond, dans laquelle tu danses et tu bois pendant que tu fais le tour de la ville. Deux heures de city tour borracho. Le lendemain, tu as des bleus sur tout le corps, et relativement mal à la tête, plus de voix, car tu as gueulé tout ce que tu pouvais. Une des meilleures soirées de ma vie, merci d'être partis, hein, ca valait la peine !)

 

 

-          Bah oui. Bon, et toi, que mas ?

-          Bien bien, super écoute, tout va bien, impeccable. A part que j’ai un pote qui est mort y a deux jours.

-          Ah merde, qu’est-ce qui s’est passé ?

-          Il a pris sa voiture alors que ça faisait 3 mois que je lui disais d’arrêter cette folie et de prendre des taxis, mais non, il s’est entêté. Pour la six millionième fois, ya un mec qui lui a fait une queue de poisson pour lui piquer sa place au parking de la 14 [Monoprix local] et il a pas supporté. Juste plus supporté. C’est que quelques rues avant, yen avait un autre qui était passé de la voie de gauche à la voie de droite sur la Sexta sans mettre son clignotant mais en agitant son bras par la fenêtre, sans même ralentir ou regarder dans son rétro mais en forçant le passage des motos, et ça l’a achevé mon Michel. Il s’est mis à gueuler de toutes ses forces et on ne sait pas encore comment, mais il en a avalé sa langue et il s’est étouffé avec. On l’a trouvé mort, en train de faire un doigt d’honneur à cet hp qui lui avait coupé la route. C’était un sensible, Michel. Il prenait les choses trop à cœur.

-          Moi la voiture ça fait longtemps que j’ai arrêté, j’aurais fini en prison.

-          Je sais bien ma biche, on en est tous là…

-          Bon écoute, merci de m’avoir écoutée, ça m’a fait du bien.

-          A la orden amiga, je serais toujours là tu sais.

-          Voui.

-          Tu passes quand tu veux, n’attends pas trois mois la prochaine fois.

-          Nope.

-          Allez fais moi un bécot.  Un seul, à la colombienne.

 

 

Ce petit post est dédié à mes copines de Colombie, vous vous reconnaîtrez – yen a pas 40 non plus. A celles qui sont parties vers d’autres aventures comme on dit, S., A., FF., F., je vous souhaite le meilleur ailleurs et j’espère continuer d’avoir de vos nouvelles. A celles qui restent, H., N., I., F., sachez que j’attends la fin des vacances pour vous revoir et manger le Comté sous vide que vous ne manquerez pas de me rapporter de France. A celles que je ne connais pas encore, mais qui sont là, tapies dans Cali, et que, le jour venu, la main du destin mettra sur mon chemin, je vous dis : venez ! A ceux qui sont déjà partis (C., et toi aussi H., qui n’est pas une fille je crois hein, mais qui avec qui j’ai  toujours bien rigolé) je vous envoie de gros baisers. A celles qui m’ont connue avant le 11 septembre, quand j’avais des lunettes et de la rosacée, je vous renouvelle, faut-il le dire, mes pensées virtuelles les plus tendres avant que nous ne nous retrouvions toutes dans la même maison de retraite. J’aurais des histoires rigolotes à vous raconter, promis.

 

 

-           chiva3.jpg

 

 (La chiva, lors d'un arrêt pipi, car bien sûr, il n'y a pas de toilettes)

 

 chiva5.jpg

(Danser sur un truc roulant, dans une ville comme Cali, où les rues sont pleines de trous, voire carrément de cratères, c'est... périlleux. D'où le flou des photos)

 

 

chiva4.jpg

 (Un des arrêts de la chiva, pour ramasser plus de gens)

 

chiva6.jpg



07/07/2016
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