Une Parisienne à Cali

Une Parisienne à Cali

A Cali, Charlie aussi - si loin, si proche

Mercredi 7 janvier 2015

Je me suis réveillée à 7 h 30 avec un message d'un copain anglais d'ici qui disait : “Atentado en Paris. 11 killed". IPad, Facebook, twitter, lemonde.fr, c’est avec ça que j’ai appris ce qui arrivait. Depuis, il a beau faire 34 degrés, ça fait trois jours que je ne peux m’empêcher d’avoir la chair de poule. Pour la première fois depuis que nous sommes-là, nous avons essayé de voir BFMTV sur internet, d’écouter Europe 1, et même, de regarder les infos colombiennes. La chaîne NTN24 fait des directs sur l’attentat, c’est là qu’on a découvert les images filmées des terroristes qui s’enfuyaient en tirant dans la tête du flic à terre, comme dans un jeu vidéo. On a cru à un cauchemar.

Depuis, ça continue, ce matin, la prise d’otages du supermarché casher de la Porte de Vincennes, à 300 mètres de chez ma belle-sœur, l’opération du RAID en Seine-et-Marne, les évacuations intempestives, les gens cloîtrés chez eux, personne qui arrive à bosser, mes amis qui m’écrivent « C’est la guerre », la rue des Rosiers fermée, trop d'infos folles en meme temps. J’ai l’impression d’avoir la gueule de bois et de ne pas tout comprendre, c’est comme un film catastrophe d’anticipation qui tirerait un peu trop sur la corde. Sauf que non, c’est vrai, et c’est ce que tu vis.

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Besma, Brigitte, , Laurence et Sebastián, hier, au resto)

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(Ines, notre cuisinière et William notre serveur)

 

Nous sommes tristes, atterrés, et j’ai une pointe dans le cœur qui me dit que nous devrions être la, en France, dans notre pays blessé. Que j’aurais du être Place de La République, que j’aurais du être dans le patio du groupe Express Roularta avec mes ex-collègues, que j’aurais dû parler et pleurer avec mes amis, chez eux, chez nous ou au café, qu’importe où, mais pas juste derrière mon putain d’écran d’ordinateur, que j’aurais dû faire la minute de silence avec vous tous. Evidemment, ça n’aurait rien changé. Mais ça m’aurait aidée à laisser couler le chagrin. Heureusement, miraculeusement, mon amie Besma est là depuis samedi, en visite à Cali. Nous pouvons au moins partager ca ensemble – et c’est sans doute avec elle aussi que j’aurais le plus parlé en France. Elle et moi avons une communauté de culture et de pensée, pas besoin de traducteur (enfin, presque pas, car nous ne sommes pas toujours d’accord...).

 

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(La Une du País d'aujourd'hui)

 

Ici, il faut faire un peu de pédagogie pour expliquer ce qui se passe en France. La Colombie doit être à 95% catholique, et il n’y a quasiment pas « d’arabes » - qu’on appelle « les turcs ». La notion de conflit religieux est compliquée à faire passer, la question de l’intégration aussi, car il n’y a quasiment pas d’immigration. De la violence, des morts, des tirs, oui, bien sûr, il y en a en Colombie, et beaucoup plus qu’en France. Mais pas pour les mêmes motifs. Evidemment, les colombiens sont solidaires et informés, tout le monde est au courant de ce qui se passe, l’événement fait la une des journaux et des sites d’info, et quand nous avons fait la photo Je suis Charlie hier, tous les clients de la terrasse nous ont adressés des sourires bienveillants. Mais pour eux, c’est un événement terrible parmi d’autres. Pour nous, c'est l'horreur qui frappe à 10 000 kilomètres.

Bref, aujourd’hui, je pense à toi. Je suis Charlie. Et je suis aussi française.

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07/01/2015
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